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Les humeurs de Juliette


Meet the Chiante, copine à couettes de mÔsieur Connard
Posté le 10/11/2016

Si le connard est devenu incontournable dans la romance, il est un personnage qui n’a rien à lui envier.

Ne voyez pas en ce petit article du female bashing ; vous connaissez mon amour pour les héroïnes, ce sont elles qui portent mes histoires, ce sont elles qui provoquent le coup de cœur dans la majorité de mes lectures.

Les romances des années 80 ont connu leur lot de working girls, rattrapées par le rôle de femme au foyer énamourée dans le dernier chapitre. Je n'ai rien contre les femmes au foyer, soyons clairs. Mais cet aspect systématique de la romance a tendance à me faire grincer des dents. À croire qu’il était incompatible pour une femme de nourrir des ambitions professionnelles (ou personnelles autres que tournant autour de son couple) après sa rencontre avec l’Homme.

Grâce à des personnages comme Dana Scully (X-Files), Anita Blake, Miss Parker (le Caméléon), Lara Croft (Tomb Raider) ou Buffy, les années 90 virent débarquer des héroïnes fortes, indépendantes, intelligentes, et surtout sorties du rôle de love interest d’un héros tous biceps dehors. Enfin des femmes dont on n’attendait pas l’abandon d’un pouvoir, d’une mission, d’une passion pour jouer les ménagères béates. Et les plus romantiques faisaient enfin preuve d’un humour décapant, à l’image de Carrie et ses copines ou de Bridget Jones.

Puis vinrent les années 2000 avec leur cohorte de molles, de passives (Bella, si tu me lis…), ou à l’opposée, de caricatures de garçons manqués, mollardant au pied d’un héros qui n’en demandait pas tant, comme une manière de lui déclarer : « Je suis une femme libérée, on baise (ceci n’est pas une question) ».
Pour passer le casting d’héroïne certifiée conforme, ça se jouait donc entre le QI d’une amibe et le raffinement d’un Homer Simpson.
Gloups.

Recul du féminisme militant assimilé à de l’hystérie, repli sur soi, dénie de l’ambition professionnelle au profit d’un culte artificiel du paraître, autant de paramètres qui ont étrangement permis l’éclosion de la chiante, déclinaison banalisée de la femme moderne. Oh, elle existait déjà, ne nous leurrons pas. Mais c’est devenu une norme de l’héroïne contemporaine, ce qui est plus surprenant.

Dotée d’un job alimentaire si ses études (de lettres, de socio, d’art, etc. selon les derniers romans du genre) sont terminées, mais pas suffisamment investie pour faire carrière, jolie (parfois, son seul atout) mais inconsciente de l’être, pas spécialement drôle ni particulièrement cultivée, elle a tout de la figurante faisant tapisserie. Jusqu'à ce qu'elle se fasse remarquer du héros (notez encore une fois le côté passif de la demoiselle).
Mais dès qu’elle se retrouve en présence de son futur amoureux, son caractère se révèle et les choses se gâtent pour les lectrices comme moi.

Souvent bornée comme un âne, revêche ou niaise, pleutre malgré les tentatives désespérées de l’auteur pour transformer ça en qualité, la chiante subit les évènements en couinant, provoquant des disputes démesurées avec le héros quand il s’approche de trop près, aboie pour un oui ou un non sans réaliser l’image que ça renvoie.
L’héroïne chiante se fait un devoir de se montrer sous le jour le plus désagréable, confondant relations conflictuelles et joutes intellectuelles, tout en bavant secrètement sur l’adversaire.

Facile à reconnaître, c’est celle qui invoque l’esprit démoniaque des princesses Disney lorsque le séduisant patron/lord/guerrier lui conte fleurette, c’est celle qui brandit le panneau F**K YOU, I'M FEMINIST quand on lui tient la porte et hurle à la mort quand on la lui claque au nez, c’est celle qui fait un scandale quand on la sauve (Lâchez-moi, je sais nager ! Oh. Tiens. Je coule.), c’est celle qui geint sur son passé dramatique, faisant passer un gamin de six ans dans une usine pakistanaise pour un petit con gâté, c’est aussi la niaise qui tolère les pires sévices parce que son bourreau est au choix :
trop beau,
trop riche,
trop beau,
trop charismatique,
j’ai dit qu’il était sexy ?
Jusqu’à s’asseoir sur son amour-propre après avoir été torturée, humiliée ou violée (si, si, dans la romance nouvelle génération, on peut convoler avec lui après ça), jurant bien évidemment de se venger, mais plus tard (après le mariage, après la saison des quetsches ou la perception d’un cerveau en état de marche), c’est celle « qui court comme une fille, se bat comme une fille » pour reprendre les stéréotypes dénoncés par des serviettes hygiéniques - paye ta référence ! - celle qui ferait grimacer n’importe quel type si le physique était moins avantageux, celle qui piaille comme une mégère ou jure comme un charretier puis fait sa chochotte au premier ongle cassé, celle qui se donne des airs d’amazone intrépide et se conduit comme une dinde fourrée un 24 décembre, celle qui réagit comme une merdeuse de huit ans dans le corps d’une trentenaire (Oui. Non. Pas celle-là, c’est moi), celle qui tombe enceinte d’un parfait inconnu et s’en étonne (les capotes, c’est pas seulement du caoutchouc recyclé), etc.

En fait, l'héroïne chiante relève parfois d'une erreur involontaire de son auteur, qui a confondu avoir du caractère et être caractérielle. Question de dosage, et parfois aussi de réalisme. Les héroïnes chiantes sonnent souvent un peu creux, elles sont dans la surenchère permanente, rarement dans la réflexion.

Bref, tu l’auras compris, l’héroïne chiante, c’est pas ma copine.

Est-ce trop demander une femme qui assume ses désirs, se montre ambitieuse sans en concevoir de complexes, s’implique, se montre courageuse, curieuse ou tendre sans craindre d’être prise pour une faible femme, et qui, à l’occasion, et sans se départir de son élégance, écrase les orteils du héros avec ses talons de douze quand il connardise un peu trop ?

Heureusement non, ce n’est pas trop demander !
De supers autrices permettent à ces héroïnes de trouver le roman idéal pour leur histoire. Merci à elles, et longue vie à l’héroïne cool, fofolle sans avoir besoin d'être trépanée à sec, mature, ou juste normale !


Juliette Di Cen, novembre 2016, tous droits réservés



De la crédibilité de l’auteur. Faut-il maîtriser toutes les pratiques d’un genre pour être légitime ?
Posté le 20/09/2016

Étrangement, c’est une énième invitation sur les réseaux sociaux d’un adepte du BDSM (acronyme de Bondage & Discipline, Domination & Soumission, Sadisme & Masochisme) qui m’a fait réagir.
Pourquoi intéressé-je ce type de visiteur alors que nos mondes sont faits pour se télescoper sans s'unir ? Ai-je des limites et quelles sont-elles ? Me prendrait-on pour l’interlocutrice que je ne suis pas ?

Pas facile de jouer les funambules entre la romance pure et l’érotisme le plus cru.
Le fait de participer à des ouvrages spécifiquement conçus pour le plaisir sexuel ne fait pourtant pas de moi une spécialiste.

D’abord parce que ce n’est pas mon univers littéraire principal.

Suivant l’exemple des auteurs de romance contemporaine, j’ai intégré le sexe explicite comme acteur principal de mes histoires, frustrée par la lecture de centaines de romans jetant un voile pudique au moment des ébats.
En tant que lectrice, j’aime la sensation que fait naître la sensualité, autant physique qu’intellectuelle.
En tant qu'adulte, j’ai conscience de l’existence d’une multitude de pratiques, bien que certaines soient définitivement incompatibles avec ma sensibilité.
En tant qu’autrice, je me laisse la possibilité d’aborder n’importe quel sujet à compter du moment où un vrai travail de recherche a été effectué.

C’est pourquoi utiliser l’inceste fraternel, le sexe sans consentement ou le harcèlement moral n’a pas entraîné de grands questionnements éthiques ou philosophiques.
S’il est normal qu’une victime soit choquée du choix de ces thèmes et n’ait aucune indulgence envers ces récits, elle doit aussi comprendre que mes histoires ne lui sont pas destinées.
C’est le principe du « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » qui s’applique. Il faut garder en tête que ce sont des fictions, du divertissement, parfois déviant et d’un goût douteux, certainement pas des recueils de moralité.
Chacun est libre de choisir ce qu’il veut écrire à partir du moment où il avertit son public et que le cheminement reste cohérent. Et surtout, qu’il n’affirme pas d’énormes conneries en faisant passer cela pour une vérité universelle...

Récemment, un lecteur a tenu à partager ses découvertes et ses connaissances en matière de littérature érotique. Je me suis alors demandé s’il ne voyait pas en moi l’amatrice avertie, là où je suis toujours néophyte et peu cultivée.

J’ai lu quelques grands classiques, mais j’ignore la plupart des codes du milieu. En particulier celui du BDSM, et ce ne sont pas les quelques textes de Sade, Deforges, Réage, Rice ou plus récemment Sara Agnès L, qui ont su combler ces lacunes.
Raison pour laquelle, même en m’y frottant superficiellement avec Ne bouge pas !, courte nouvelle, initialement destinée à alimenter un recueil sur la soumission sexuelle, je ne me sens pas légitime pour aller au-delà d'une ébauche.

En vérité, il s’agit même d’un sujet que je ne parviens pas à « aimer ». Je le comprends, j’arrive à saisir les besoins qu’il comble, mais je n’arrive pas à en cautionner la publicité. Notamment parce que la pratique est majoritairement présentée comme une extension de la domination patriarcale. Je n'ai rencontré qu'exceptionnellement des textes présentant la soumission féminine comme une démarche individuelle recherchée et non imposée. Quant à la soumission masculine, mes rares lectures m'ont paru très caricaturales.

Dans l’autoédition, friande d’histoires BDSM, on sent une certaine satisfaction à rabaisser la femme de pouvoir face à son subordonné masculin. C’est dans ce type de récits que j’ai trouvé les schémas les plus dégradants. La personne en tant qu’être humain y est niée, le consentement totalement occulté, la femme devient alors le réceptacle de toute la frustration masculine accumulée. Comme si par l’intermédiaire d’un acte intime avilissant, l’homme se réappropriait ce pouvoir dont il se croyait dépositaire grâce à sa force physique, et rééquilibrait ainsi l’ordre « naturel » des choses.

Ce n’est donc pas un hasard si j’inverse systématiquement ce schéma homme de pouvoir = dominant/femme socialement inférieure = soumise dans les histoires qui abordent le thème. Pour moi, la force physique peut être anéantie par l’esprit. C’est là qu’intervient la question du consentement mutuel, et de la complémentarité. Les partenaires cherchant à travers cette relation un rapport d’égalité ou tentant de trouver ce point d’équilibre.
Plus généralement, j’ai du mal avec l’idée d’infliger à l’autre une souffrance dans une vie de couple établie. Je peux utiliser la violence pour créer la rencontre, mais il m’est impossible de l’installer au sein même de la romance comme mode de relation. On touche donc là une de mes limites en tant qu’autrice (et lectrice).

Dès lors, ne suis-je pas en position d’imposture, alors que je me montre incapable d’écrire sur certains sujets ?

C’est une question que je me pose de plus en plus, pardonnant moi-même rarement à mes camarades l’absence d’approfondissement d’un univers qui ne leur est pas familier. Rien de pire que l’idée de partager des informations erronées susceptibles d’être prises pour argent comptant. Il n’y a qu’à voir les collègues (médecins ou infirmiers) hausser les sourcils devant des textes médicalement incohérents. À titre d’exemple, je suis intransigeante avec les auteurs de romance utilisant le milieu militaire sans en maîtriser le vocabulaire où les règles.

Aussi, je me demande si, à moins de posséder un talent transcendant le sujet, jusqu’à produire une œuvre extraordinaire, il n'est pas hasardeux d'utiliser un univers ou des pratiques réelles sans en connaître les codes.


Juliette Di Cen, septembre 2016, tous droits réservés



De l'usage du safe sex dans la romance ou l'éternelle question du Oukilé le préservatif
Posté le 10/09/2016

Un petit vent désagréable a récemment taquiné les côtes de Juliette-land, alors que je paressais sur la plage. Après neuf mois de boulot non-stop, ma hiérarchie ayant validé des permissions bien méritées, c’est donc un chouïa… déconcertée, et la bouche pleine de sable que j’ai pris connaissance des griefs nourris à l’encontre de mes histoires.

J’ai pris note de ce qui avait déplu, notamment des choix scénaristiques et un style incompatibles avec les goûts du lecteur. Jusque-là, rien de dramatique. J'ai l'habitude de prendre note des conseils et de les appliquer, quand ils permettent d'améliorer mes textes.

Oui mais voilà, c’était la première fois que l’on m’interpellait en laissant des avis sur plusieurs sites, attendant visiblement en tapant du pied que j'avoue une faute imaginaire. Ce qui a légèrement aiguisé mes instincts carnassiers.

Kwaaa ? Aurais-je passé l’indispensable question du safe sex sous silence ?
« Peut-être que tes phrases qui évoquaient la question ont disparu dans un trou noir » en a rigolé Val, une copine autrice.
Peut-être.
Peut-être aussi que le lecteur s’est tellement emmerdé en me lisant qu’il a sauté des passages.
Peut-être.
Bref, en mauvaise élève rechignant à prendre une raclée gratuite sans broncher, et peu encline à la mode BDSM qui consiste à tendre une joue ou une fesse pour une petite tape punitive, j’ai décidé de sortir de ma réserve habituelle pour partager ma vision d’autrice et de lectrice sur le problème.

La question de la protection, j’y suis sensibilisée depuis mes années collège (années 80) et deux fois plus avec mon métier, qui envoie des soldats en pleine forme en opération extérieure, loin du regard de leur amoureuse (et paf pour la paix des ménages). Le dépistage fait partie de mon quotidien. Les rapports protégés l’ont aussi été pendant longtemps.
C’est donc naturellement que je les ai intégrés dans mes scènes érotiques.
Bien-sûr, la façon d’évoquer la question varie d’une histoire à l’autre. Soit mes personnages plongent les doigts dans le paquet de capotes, soit ils soulèvent le sujet du dépistage, avant l’acte sexuel.

Étant lectrice aussi, j’ai remarqué que selon la façon d'amener la question, le préservatif avait le pouvoir de rendre une scène hot, annonçant la pénétration imminente après des préliminaires émoustillants. Lorsque la capote est abandonnée après l'incontournable question des tests, c'est un signe fort ; la relation prend alors une dimension plus sentimentale. Ce n’est pas un hasard si beaucoup d’auteurs utilisent l’acte sexuel « abouti » pour faire basculer l’intrigue après des pages de tension sexuelle insoutenable. C'est encore moins anodin quand ils permettent à leurs personnages de passer au sexe peau contre peau.

Pour en revenir à la mention du safe sex, je suis par exemple mal à l’aise avec les romances contemporaines abusant du pitch « bébé-surprise » né d’un unique rapport entre deux inconnus. Outre le fait que la question des MST n’y soit jamais évoquée, ce scénario met en scène des comportements irresponsables venant de personnages familiarisés avec l'éducation sexuelle.
En France en 2016, une grossesse sur cinq est encore "accidentelle".
Alors oui, le préservatif n'est pas seulement là pour contrer une grossesse, mais la véritable irresponsabilité aurait été d'occulter la question au profit exclusif des MST !
Ceci étant, je défie n’importe quel auteur d’intégrer la transmission d'une MST dans une romance « classique ». Ce n’est pas vendeur et probablement pas ce que j’ai moi-même envie de trouver dans ce type de lecture.
Attention, évoquer la question de la capote dans un roman contemporain reste une liberté de l’auteur.
Perso, c'est ma façon de fonctionner, il y a des moyens de rendre la scène sexy, sans tomber dans le tract rébarbatif du ministère de la santé. Or dans la critique qui m'a été faite, j'ai quand même bien senti qu'on me confondait avec un dépliant médical.

Raisons pour lesquelles j'ai avalé mon pâté de sable de travers en découvrant les accusations portées contre mes textes. Le ton utilisé et cette espèce d'interpellation appelaient même une réponse cinglante.
Voyons... qu'a-t-on envie de renvoyer à un brutal « Oukilé le préservatif » ???

Pour la première fois, j'ai donc estimé nécessaire de défendre mon travail en citant des passages des tomes incriminés.
Eh oui, les trous noirs peuvent faire des dégâts.

Vivant :
« D’un coup de dents délicat, elle ouvre l’emballage du préservatif. »
« (…) et l’incite à me prendre sans attendre en lui tendant une nouvelle capote »
« Ça n’a rien de romantique, mais la question suivante est un passage obligé.
— Je suis à jour de test HIV grâce au départ en OPEX, et j’ai toujours utilisé des capotes. Je te veux sans rempart de latex. Tu es d’accord ?
— Bilan sanguin… après ma séparation… plus pilule… suis OK, soupire-t-elle, éperdue. »

L’homme enragé :
« Dépisté avant son départ en mission ainsi qu’à son retour six mois plus tard, Markus se savait clean. Claire avait fait de même récemment, pour assurer sa participation à un don du sang. »

Qu’elle soit "utilisée" ou juste abordée, la question du safe sex a bien sa place dans mes histoires. Si cela n'était pas le cas, l'erreur a depuis longtemps été rectifiée.

Ceci étant, s'il y a deux choses importantes à retenir de tout ça :
Sortez couverts et lisez de la romance !


Juliette Di Cen, septembre 2016, tous droits réservés



Le drama, ou la polémique sponsorisée par les marques de pop-corn.
Posté le 30/04/2016

Ce n’est pas un mystère, le milieu se nourrit régulièrement de petits conflits.
Quand elles passent en mode Transformers, ces chicanes prennent vite des allures de guerre nucléaire.
Une susceptibilité froissée, et c’est toute une communauté qui prend les armes.
Pour en avoir discuté avec d’autres spectateurs installés en tribune, l’impression d’en voir se jeter dans l’arène avec délectation est vive. Lorsqu’à leur retour du champ de bataille, les vainqueurs affichent glorieusement leurs balafres, elle devient avérée.
Nous nous interrogeons alors sur les conséquences d’un tel déchaînement de violence. Car en vérité, une dispute ne règle aucun problème, elle renforce juste la méfiance de part et d’autre.

Ces conflits 2.0 nommés drama ont bien évidemment leurs héros.
La drama queen, surnom généreusement accordé à tout protagoniste sans distinction de sexe (note quand-même la misogynie latente derrière le nom féminin) qui déclenche les hostilités avec une remarque acide postée sur un réseau social. En face, il y a le réceptacle de tir, soit la personne visée plus ou moins ouvertement, qui va répondre en ameutant un maximum de témoins. Arrivent alors les fantassins, une troupe informe aux élans corporate aiguisés.
Dès lors, les acteurs sont prêts à nous offrir une pièce de théâtre Fast mais surtout très Furious, entre agressivité et mauvaise foi terriblement jouissives.
Il suffit d’imaginer nos ricanements de hyènes quand on y assiste de « là-haut, sur la colliiiineuu » (pardon, je m’égare) pour comprendre qu’il vaut mieux éviter de prendre part au combat. Y a un côté tirage de couettes et coups de pied vicieux amusant et un peu navrant à la fois. En bref, personne n’en sort grandi.

Ces derniers mois, j’ai assisté à quelques affrontements de ce genre.
L’un d’eux évoquait le ras-le-bol, certes légitime, d’être envahi de services presse non désirés, stigmatisant au passage toute la population des auto-édités. Un autre ressemblait à une lutte cannibale, mêlant jalousie et complexes de collègues en mal de reconnaissance. Un clash plus récent a confirmé la triste obligation de se taire liée à l’état d’auteur, sous peine de mettre sa réputation en péril.
Je passerai rapidement sur les réactions des uns et des autres. Entre insultes, fan-club incontrôlable, mépris, petits arrangements avec la vérité et sentiment d’impunité, ces épisodes mouvementés auront eu une conséquence inattendue.

On est tous d’accord, la complaisance anéantit le travail de l’auteur et la crédibilité du blogueur. Aussi, pour garantir son indépendance, faut-il relayer une chronique non sollicitée en la commentant, et a contrario, le lecteur doit-il rendre des comptes à la maison d’édition qui le fournit gratuitement ? Ne vaut-il pas mieux le laisser libre d’acheter les romans qu’il désire vraiment ? Et plus proche de nous, auteurs, ne serait-il pas temps de cesser de lire les chroniques sur notre travail ?
Enfin, ça, ce sont des questions existentielles hyper sérieuses qui n’ont rien à faire dans le coin. Le principe : Dé-dra-ma-ti-ser ! Encore faut-il le vouloir.

Le drama, c’est une foire aux vanités qui dérape, c’est comme lâcher les chiens sans mesurer la puissance des morsures, c’est un appel à la surenchère, mais c’est surtout le prétexte idéal et déculpabilisant pour sortir le pop-corn, s’enfoncer dans le canapé en regardant les belligérants se taper dessus à coup de clavier.
Et si malgré toute prudence (rester en retrait pour mieux glousser), tu te fais renifler les chaussons par une drama queen, pas de panique.
Moins tu lui accorderas de crédit, moins elle aura de prise sur ton destin.


Juliette Di Cen, avril 2016, tous droits réservés



Bonjour, ce serait pour un coming-out s'il vous plaît. A emporter ou à consommer sur place ?
Posté le 04/02/2016

Plus attentive aux classements des ventes depuis que j’écris, j’ai ainsi pris conscience de la popularité des livres estampillés Romance. Leurs auteurs prouvent chaque jour que cette sous-littérature de gonzesses (ironie inside, potentiel drama élevé) possède un public actif et surtout extrêmement fidèle.

Ironie de l’histoire, plus de 57% des lecteurs sont des lectrices, toute littérature confondue (selon l’institut de sondage Ipsos qui a réalisé une étude avec le Centre National du livre et le Syndicat National de l’Édition en mars 2014). Toutefois, les chiffres sont à relativiser. Si aux USA, la catégorie leader est bien la littérature sentimentale avec plus d’un milliard de dollars de recettes, en France elle ne représenterait que 12% des lectures, toujours selon cette étude. De là à penser que les Françaises sont de petites cachottières qui auraient honte de révéler leurs goûts, ou réduire la lectrice de romance à une dinde fleur-bleue, pourquoi se gêner ?

Je trouve tout de même dommage qu’en dehors d’articles de fond traitant de l’influence de ces lectures sur le quotidien des Françaises, aucun magazine à grand tirage ne consacre de temps en temps une colonne aux actualités littéraires sentimentales (ou fantastiques, d’ailleurs). Dans les pages culture/livres, on a droit à du polar, du thriller, du pensum suicidaire ou de l’autobiographie, éventuellement de la comédie, mais du sucre pur jus, ça non. Des fois que ça colle les pages entre elles.
Je ne soulèverai même pas la question de la presse spécialisée en littérature qui a banni science-fiction, épouvante, jeunesse ou romance de ses chroniques.
Or ce n’est pas en niant un genre qu’il n’existe pas et surtout, qu’il est moribond !
Il est surprenant que la presse dite « féminine » n’évoque que les sorties « bien comme il faut », ôtant toute visibilité à la littérature féminine. Sauf pour s’en moquer ou effleurer du bout des lèvres le succès phénomène (anglo-saxon, forcément) des Twilight, 50 Nuances et autres After.

Il semble évident qu’en plus d’une image écornée par des a priori misogynes, cette littérature dite « de masse » souffre du niveau stylistique sommaire de ses têtes d’affiche. Pourtant, sans chercher bien loin, on trouve des œuvres magnifiques. Mais pour être validées par un jury d’élite, il semble qu’il leur faille plus de 200 ans d’existence pour obtenir l’adoubement quand leurs camarades modernes arborent toujours le badge clignotant « lecture-fout-la-honte ».

Mais alors, cette popularité et cette longévité, à qui ou à quoi les devons-nous ?
À l’avènement d’internet, bien-sûr ! (j’affirme ce que je veux, c’est moi qui décide qui doit vivre ou mourir sur cette page). Internet, ses sites communautaires, son accès libre à la culture, sa faculté à regrouper autour d’un thème avec peu de moyens.

Tout d’abord, la facilité d’écrire et de faire évoluer son style en direct sous les yeux d’un public, au sein d’ateliers d’écriture en ligne. La plupart de ces écrivains en herbe sont issus d’une population jeune (génération 2.0) et féminine, élevée au biberon par Harry Potter, Twilight (eh oui, toujours), Buffy, les mangas Shojo ou Yaoi et les Boys Band. Cela a induit une simplification de la mise à disposition des textes. Par ailleurs, les librairies en ligne ont grandement amélioré le quotidien des lecteurs « isolés », qui n’ont plus besoin de faire des dizaines de kilomètres pour obtenir leur dose de lecture.

En face de ces auteurs hyper connectés, on trouve leur pendant en matière de lectorat. Le nombre de sites, blogs, vlogs, webzines montés par des passionnés de lecture de genre, donne le tournis. Grâce à des chroniques étayées, ils ont investi le rôle laissé par la presse traditionnelle, celui de chroniqueurs littéraires spécialisés. Aujourd’hui, chaque lecteur peut trouver le blog qui correspond à ses goûts. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les maisons d’édition ont négocié ce virage en proposant des services presse aux blogueurs. Bien entendu, le succès d’un livre ne tient pas seulement à la puissance de feu du service communication, mais ça offre enfin une visibilité à tout un secteur jusque-là méprisé pour son aspect « populaire ».

Bien, bien, bien, et là, tu commences à te dire, mais pourquoi elle nous pond une introduction aussi longue pour parler de la romance ? Parce que ce n’est pas une intro, mais une partie de ma démo.

C’est en fouillant le processus d’écriture que j’ai découvert le cynisme ambiant. Voire le gros foutage de gueule. Comme celui de revendiquer la méconnaissance des codes d’un genre pour faire croire qu’on a su s’affranchir de ses clichés.
Mais bien-sûûûr…
Alors non seulement on a droit au mépris d’un milieu littéraire confit dans son élitisme, mais en plus on doit se fader les textes d’auteurs qui rejettent le genre comme s’ils valaient mieux que ce qu’ils écrivent. Enfin ça, c’est ce qu’ils affirment. Rien ne dit qu’ils ne se planquent pas au fond de la couette avec l’ultime Barbara Cartland entre leurs petites mains fébriles, ou qu’ils n’ont pas monté une « bibliothèque de la honte », soigneusement cachée des yeux de leurs invités…

Aussi aujourd’hui, j’ai décidé de faire mon coming-out, c’est ainsi et je ne reviendrai pas en arrière. J’écris de la romance parce que j’en lis. Et en plus j’aime ça. J’espère qu’un tel aveu ne me vaudra pas d’être reniée par mes parents et expédiée sur Pluton par mes collègues.
Mais pourquoi ?
Parce que.
Insuffisant ? Ok.

Parce que la romance, c’est la version idéale d’une relation amoureuse, même si les héros rament avant d’être heureux. Parce que la romance permet à l’extraordinaire d’exister. Parce que la romance donne de l’espoir ou du réconfort quand le quotidien se charge de te casser les rotules. Parce que la romance te fait croire à l’impossible (visualise la passion entre Stuart Reardon et une banale nana taille XL pour t’en convaincre). Parce que la romance te fait réaliser que l’essentiel se résume à peu de choses : aimer et être aimé (un bon salaire aussi, ça aide). Parce que la romance se décline sous plusieurs formes, mais qu’elle n’a qu’un seul objectif à la fin : faire du bien au moral.

Alors bien-sûr, aimer la romance ne signifie pas apprécier un auteur qui se vautre dans la facilité, qui abuse des clichés parce qu’il manque d’imagination, qui ne fait aucun effort syntaxique parce que c’est sooo petit-bourgeois, qui prend ses lecteurs pour des décérébrés sous-cultivés.

Aimer la romance, c’est juste aimer lire et rêver d’amour. Qu’y a-t-il de mal à ça ?



Love Actually (Universal Pictures)


Juliette Di Cen, février 2016, tous droits réservés



J'ai oublié de faire un truc, moi... Bon sang mais c'est bien sûr !
Posté le 03/01/2016


C’est l’heure du bilan de fin d’année !
Mais si ! Tu sais, celui que tu rédiges fébrilement pour qu’il soit prêt le 31 décembre.

Bon, bon, bon.
Donc 2015, que m’as-tu apporté dans ta hotte, à part des rennes mangeurs de père Noël ?
De la flemme, de la flamme, du coup de cœur, du coup de sang (du coup de soleil aussi mais ce n'est pas le sujet) et des chiffres.
Mais qui ça intéresse, les chiffres ? Hein, hein ?

En mode lectrice, ça donne 72 romans engloutis, 85 nouvelles et novellas, sans parler des dizaines de bandes dessinées, 4 romans abandonnés, environ 365 thés, 199 cafés, beaucoup (mais alors vachement plus que beaucoup) de chocolat.
Au taquet pour les prochains jeux olympiques !

En mode auteure, on comptabilise 3 millions de tentatives d’ouverture d’un nouveau fichier OpenOffice afin d’attaquer l’écriture d’un roman. Faut avouer que mes travaux (indignes d’Hercule, certes) ont connu des aventures chaotiques avant de sortir dans la liesse générale. Oui, bon, le côté général, s’est vite réduit à… moi.
À ceci s’ajoutent quelques tentatives d’articles pour le présent site (2), quelques tentatives de romans (2 aussi), mais heureusement, au milieu, se cachait du concret !

Pour commencer, la création de mon site (je n'y suis pour rien, mais j'ai un homme formidable, ça compense), déjà quelques articles de fond (on y croit), des onglets bien remplis et 3 chroniques de livre/film qui se disputent la vedette.
Bilan productivité, donc ? Heuuu... joker ?!

Les titres publiés sont… (roulement de tambour, vite, drapons-nous de l’écharpe miss Touche Efface) :
Le volet 3 de Kill the Garce (et son intégrale) en mai 2015,
La novella Trop proche de toi en août 2015,
L’intégration d’une nouvelle dans un recueil de la Musardine "Osez... 20 histoires de sexe et de pouvoir" (A vos ordres, mon colonel !) en novembre 2015.

Pour reparler chiffres (hors recueil), si on y ajoute les ebooks déjà publiés, ça nous donne un total de 2743 ventes, 702 téléchargements suite à une campagne de gratuité, 2230 pages lus avec Kindle Unlimited, et 186 emprunts précédents.

Et depuis ?
L'envoi d'une nouvelle écrite dans le cadre d'un appel à textes, deux romans en jachère (une romance historique, un thriller), une feignasserie élevée au rang d’art suprême et la certitude qu’un jour, je reprendrai le clavier pour finir ce que j’ai commencé. Note que je ne m’avance pas sur le siècle…

Et l’avenir ?
L’autoédition, c’est sympa, on apprend beaucoup sur soi mais aussi sur tous les aspects créatifs. Toutefois, ce n’est pas une finalité mais une étape. La prochaine, c’est la publication à titre d’éditeur.
Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai déstocké ma tente 2 secondes (miracle de technologie qui permet d’éborgner le voisin aussi rapidement) afin de faire le siège des maisons d’édition, trouvé une rallonge de 258 km pour ma bouilloire (parce que merde, la cup of tea, c'est essentiel ! Faut garder la classe quoi qu’il arrive), commandé un wagon d’humilité pour avaler les refus à venir (à grouper au quintal de kleenex).

En attendant et comme il faut bien prouver que je ne suis pas seulement entrée parce qu’il y avait de la lumière, j’ai ouvert une quête de motivation (à vôt' bon cœur !) et viens d’établir un plan d’écriture pour les prochains mois. Ça signifie lâcher internet, avaler des bonbons à la concentration, et se fixer des objectifs. Et les tenir !

Bref, si tu ne me vois pas surgir toutes les deux secondes sur les réseaux sociaux, tu pourras en déduire :
option optimiste : que j’ai enfin perçu ma dose de motivex
option fantaisiste : que j’ai mangé les touches de mon clavier
option ÔmyGodEnfin : qu’on m’a coupé internet
option réaliste : que j’ai enfin compris qu’Écrire et moi n’étions pas compatibles...


Juliette Di Cen, janvier 2016 (déjà ?) tous droits réservés



Rends-moi ma méthode, je l'ai vue en premier ! D'abord !
Posté le 19/09/2015


Ce n’est pas que je cherche à différer la reprise (oui, bon, avec une motivation proche de zéro, au-delà, on s'approche du coma), mais la question mérite d’être posée pour qui s’intéresse au processus créatif. En m’attelant à du format long, je me suis rendu compte de certaines limites en matière d’écriture. On ne travaille pas une nouvelle comme on écrit un roman.
D’où l’interrogation du jour : mais où ai-je encore fichu ma méthode ? Comment ça, je n’en ai pas ?
Hauts les cœurs, inventons-la, mon brave…

Qu’est-ce qu’une méthode, d’abord ?
Je vois ça comme un ensemble de techniques simples permettant d’obtenir un résultat cohérent. Un peu comme on construit une maison, un roman se monte pierre par pierre. Pour cela, il semble nécessaire de respecter un ordre précis (un jour, moi aussi j’en serai capable…).

Les constantes d’une méthode efficace pour rester crédible :
Tu fais des recherches, tu accumules de la documentation pour éviter de passer pour un pin-pin anachronique, tu établis des fiches décrivant les personnages, les décors, éventuellement le sujet de chaque chapitre (mais tu peux aussi opérer ton découpage à la fin du processus d'écriture), et tu rédiges un synopsis détaillé. Puis tu te fixes un délai d’écriture avec des étapes à respecter, et tu te lances. Le principe, c’est de rester concentré sur ton histoire sans te laisser distraire.
Facebook peut attendre. Ta commande de serre-tête « oreilles de chat » aussi.

Donc on récapitule :
phase 1 : on établit le plan de bataille (documentation, fiches, synopsis)
phase 2 : on plonge dans la mêlée – pas de prisonnier – et on rédige au kilomètre
phase 3 : on se reconditionne, on laisse reposer son texte en faisant autre chose
phase 4 : on sonne l’Hallali (lecture/corrections/relecture)
phase 5 : on envoie son texte à une maison d’édition, ou quand on est en auto-édition, on travaille l’aspect visuel et le marketing (couverture, axe de pub)
phase 6 : on édite, on communique et on attend les retours des lecteurs, muni d’un parapluie…

Phase 1 : boulot de compilation.
Idées, connaissances, recherches, astuces, sortilèges miraculeux, tout ce qui permet de créer un univers et former l’histoire globale. Tout d’abord vient l’idée de départ, le pitch, l’accroche.
Facile, c’est ce qui incite l’écrivain à se poser bien droit devant son écran, en faisant craquer ses doigts pour les assouplir (efficace pour faire brailler son voisin, aussi). Issue d’une envie, d’une rencontre ou d’un lieu, d’un événement ou d’une frustration, l’idée se nourrit de la capacité d’un auteur à former une histoire complète avec de maigres éléments. De cette idée, vague et générale, un format va se dégager naturellement. Court (nouvelle), semi-long (novella), long (roman). Un peu comme sa coupe de cheveux pour la rentrée.
À ce stade l’écrivain normal commence à lister les caractéristiques de ses personnages et fignole son atmosphère, avant de finaliser son synopsis. Chez d’autres, c’est là que tout dérape. L’adepte de la méthode Zéro mettra la charrue avant les bœufs. Sans les roues.
Exemple : chercher des images pour créer sa couverture, sans avoir écrit UNE ligne.
Que l’auteur qui n’a jamais fait ça chante Ô mon bateau en japonnais, pour voir !
Doté de ses armes affûtées, l’auteur décide alors de plonger dans…

la Phase 2 : la rédaction.
Écrire un roman requiert concentration et découpage au millimètre du plan, dans l’ordre chronologique. Cela permet une montée en puissance ainsi qu’une meilleure connaissance des personnages. Ça fluidifie leurs actes, et évite souvent les scènes incohérentes, insérées à coup de marteau. Enfin, ça, c'est dans un monde idéal...
Devine qui écrit toujours son épilogue avant même son prologue ?

Plan de bataille : s'Or. Ga. Ni. Ser.
À propos, je te présente tes trois nouveaux meilleurs amis. Vous allez vite devenir inséparables : Bescherelle, Petit Robert et Dico des Synonymes.
Grâce à un synopsis détaillé, on a déterminé les scènes principales participant au bon déroulement du récit. Ces scènes vont donc constituer des chapitres. Eh hop, découpage du roman en autant de chapitres nécessaires.
Pour nourrir un roman (et non une nouvelle ou une novella), une scène principale doit être agrémentée de plusieurs éléments annexes, notamment la création d’une atmosphère ou d’intrigues secondaires. On peut se servir d’un axe temporel ou géographique pour faire évoluer l’histoire. Le principe : garder ses personnages en mouvement. Sinon on ne joue plus dans la catégorie lecture de divertissement.
Une fois les chapitres élaborés, on rédige, en se fixant des contraintes : tant de texte écrit dans un laps de temps défini. Sinon, on se laisse submerger par d’autres priorités (regarder tourner sa machine à laver, compter ses slips, faire ses comptes, tirer les moustaches du chat…).
Quand on réalise que le point final a été posé, on relève les doigts du clavier, on pousse un soupir de soulagement et on fait savoir publiquement avec des trémolos dans le ton, qu’on a souffert pour écrire. Ça fait bien. On n’aime pas la facilité, en France. Est-ce parce que ça renvoie l’idée de bâclage, ou parce qu’on déteste celui qui n’a que peu d’efforts à fournir pour produire un bon texte ?
Quoi qu’il en soit, il est temps de passer à…

la Phase 3 : dite la phase de repos.
Comme son intitulé l’indique, on laisse moisir son texte. Mais pas trop. Juste le temps de s’en détacher afin de le relire d’un œil neuf. Non non, se relire avec la larme à l’œil (hors autobiographie misérabiliste) n’est pas synonyme de roman réussi, surtout si tu t’empresses de le faire savoir sur les réseaux sociaux. C’est juste le signe d’un petit problème d’ego hypertrophié.
Bref, pendant cette phase, on fait autre chose. Mais vraiment. Genre de l'aqua-poney, du marathon gastronomique, de l’étude zoologique (regarder buller son poisson rouge - ou son chat - ça marche aussi), de la lecture, du tricot… bref, de tout sauf de l’écriture.
Ça, ce sera réservé à…

la Phase 4 : relecture et corrections.
Car oui, tu vas alors réaliser avec une certaine horreur : « mais il y a plein de fautes/d’incohérences/de maladresses/de trucs nuls, moches, improbables ! ».
C’est pas faux.
Mais à l’image d’un goût de chiotte en matière de fringues, tout peut s’arranger quand on dispose du bon coach.
Facile à faire.
On relit et on corrige le plus terrifiant c’est pas possible, j’ai pas écrit ça, quand même !, parfois même, on réécrit. Ça peut faire mal au ventre d’effacer des paragraphes ou des chapitres entiers, mais l’écrivain un tant soit peu consciencieux et lucide ne voudra pas laisser son œuvre en chantier. Si ton texte ne fonctionne pas, il y a de gros risques pour que le lecteur ne te le pardonne pas. Après ce travail de dégraissage, hop, on refile le bébé à un bêta-lecteur qui aura à cœur de pointer les dégâts restants. Retour à l’envoyeur et nouvelles corrections. Enfin, il va être temps d’envisager d’attaquer…

la Phase 5 : quel avenir pour son texte ?
Soit on le lâche entre les mains de maisons d’éditions qu’on aura pris soin de sélectionner, en fonction des collections qu’elles abritent, soit on choisit l’auto-édition et on va se consacrer à l’aspect marketing.
Je vais opter pour cette deuxième option dans ma démonstration.

Cette phase englobe tout ce qui permet une promotion optimale de son roman.
Dans la lecture de divertissement, par opposition à la littérature dite « sérieuse » (forbidden LOL), une belle couverture concourt à plus de 50% de l’intérêt du lecteur. Elle doit être attractive. Suivent le résumé, la notoriété de l’auteur ou l’éditeur.
Certains auto-édités font appel à des professionnels du graphisme, d’autres se dépatouillent avec les logiciels mis à leur disposition. Selon les compétences de chacun et l’envie d’en découdre avec Photoshop, Paint-net et consorts, il en sortira un résultat qu’on pourra juger acceptable.
Pour des auteurs qui comme moi se débrouillent seuls, c’est le moment d’éplucher les sites de photos libres de droits et de réfléchir au visuel qu’on veut donner en reflet de son roman. Une fois le choix fait, la typo du titre et du nom déterminée, le produit est presque bouclé.

On peut orienter sa communication sur plusieurs axes ; informer son lectorat potentiel par le biais de pages personnelles (site, réseaux sociaux) ou faire le tour des forums en lien avec son sujet pour accrocher l’intérêt. Je préconise une information continue tout au long du processus d’écriture. Partager des images inspiratrices, des extraits ou des réflexions sur l’histoire permet de créer une attente.
Il faut aussi se dépouiller de son ego et apprendre à vendre son roman auprès de la presse. Faisons d’emblée une croix sur la presse traditionnelle qui ne cautionne que les romans issus de l’édition « institutionnelle ». Les seuls textes auto-édités qu’elle évoquera seront les succès éclatants (surtout ceux récupérés par l’édition professionnelle) qui ont fait leur preuve durant de nombreux mois. Évitons de rêver d’un article dès la sortie officielle de notre premier opus.
Ça n’arrive jamais. JA. MAIS.
En revanche, il existe d’autres formes de presse. Les blogs.
Majoritairement tenus par des amateurs non rémunérés (hors livres envoyés), ils sont constitués de lecteurs passionnés, bien décidés à répertorier leurs lectures à travers des chroniques plus ou moins développées. Le truc génial, contrairement à la presse écrite qui tourne en boucle sur de la littérature généraliste, il y a autant de pages qu’il y a de genres et sous-genres. Ces blogs recueillent les suffrages et surtout l’audience des lecteurs « laissés pour compte » par la presse littéraire.
En fonction de leurs goûts, c’est vers eux qu’il faut se tourner et adresser des services-presse (livre ou ebook). S’ils sont réceptifs à ton style, il y a de grandes chances pour qu’ils chroniquent ton roman. Une très belle publicité qui va allécher ton cœur de cible.

la Phase 6 : la publication, ou la phase "l'oiseau quitte le nid".
En auto-édition, il existe des réseaux de vente, il suffit de trouver ceux qui correspondent à tes attentes. Lorsqu’on publie des ebooks, il est conseillé de proposer plusieurs formats numériques (epub, mobi, PDF sécurisé) pour satisfaire les clients détenteurs de liseuses électroniques.
Pour vendre, dans un premier temps, pas de mystère, il faut faire marcher tes réseaux. Ce seront tes premiers lecteurs, ceux qui donneront envie aux autres de s’arrêter sur tes histoires.
Concernant mon cas, si je bénéficie de quelques lecteurs irréductibles qui me pardonnent les siècles que je prends entre deux histoires, mes ventes se font surtout sur le bouche-à-oreille.
Une fois ton roman livré au public, à lui de faire son chemin…

Bien entendu, chaque écrivain possède sa méthode. La mienne n’a pas de valeur universelle.
À toi de piocher les éléments qui vont te permettre d’écrire efficacement.

Alors, tu attaques quand ?


Juliette Di Cen le 19 septembre 2015, tous droits réservés



J'aime les pirates. Seulement dans les films et en collants. En tutu aussi mais ce n'est pas le sujet...
Posté le 17/08/2015


Salut petit scarabée.
Aujourd'hui, comme il fait chaud et que ça me donne des envies de mer des Caraïbes, je vais te parler du piratage. Oui, oui, du téléchargement illégal, pas du dernier succès de Johnny Depp. Pas que l'idée du garçon en collants moule-la-conscience ne m'inspire pas beaucoup de choses (Errol Flynn, si tu me lis !) mais il faut se rendre à l'évidence, si le principe avec la piraterie reste le même, la technique a quand même grandement évolué. À échelle industrielle même.

Donc parlons chiffres, ce sera plus explicite pour toi. Un auteur édité au format numérique touche entre 5 et 25 % du prix global de l'ebook. Imagine ce que ça représente sur un ebook à moins de 3 euros. Pas bien lourd n'est-ce pas ?
Un auteur auto-édité comme moi, va quant à lui engager des frais (couverture, relecture/corrections, parfois traduction, etc.). Donc à la base, un ebook pas encore vendu coûte déjà un peu d'argent à son créateur. Sans compter le temps consacré à coucher ses idées. Dans la souffrance. Parce qu'il paraît qu'il faut souffrir pour être un véritable écrivain (on en reparlera dans un autre billet).

Un roman, c'est un loisir, ce n'est pas indispensable à ta survie, surtout quand t'as pas de fric. Ta priorité, c'est de mettre quelque chose de comestible dans ton assiette. J'ai essayé une fois de manger un bouquin, vu sa capacité à me divertir. Ben non, même assaisonné, un livre, c'est du superflu (et puis c'est long à digérer, boudiouuu, certains auteurs plus que d'autres !).

Bref, prenons maintenant ton cas à toi, gentil lecteur.
Tu travailles dur entre 35 et 50 heures par semaine pour gagner ta croûte. Ça te décollerait la couenne que ton patron te dise un jour « Duchmoll, dans le cadre d'un élan de générosité, je vais distribuer le fruit de ton travail à la sortie de mon usine, évidemment sans te payer, parce que bon, c'est jour de soldes au pays des licornes ».

Là tout de suite, tu situes mieux pourquoi ça fiche les croquettes.

Petit florilège des excuses du lecteur qui aime le partage gratuit-qui-n'est-pas-censé-l'être (il télécharge illégalement mais paie ses impôts, d'où le sentiment d'être quand même un honnête citoyen).
Les réponses variant au gré du vol des mouettes,

il y a la facilité : «Pas envie ou pas les sous pour payer, mais comme je peux l'avoir d'un simple clic... ben clic ! Les conséquences, quelles conséquences ? Hadopi, c'est pas une marque de baskets ?»,

ou le faux livre d'occase qu'on se refile entre amis, genre grande chaîne de solidarité : «mais le téléchargement, c'est comme quand on prête un livre à un pote !» (bien sûr, tu as 12000 proches),

la comparaison déviante : «le téléchargement, c'est comme une bibliothèque où on emprunte des livres. Je ne vole pas, j'emprunte !» (sauf qu'une biblio reverse une redevance à l’État, notamment à la SACEM, et que la carte de membre n'est pas toujours gratuite),

ou l'excuse invérifiable : «ouais on paye pas, mais on permet à ton œuvre d'être plus connue» (je dirai la même chose au service de sécurité de mon hyper après avoir piqué du déo dans ses rayons),

et le prix de la plus belle excuse en bois : «ok, je télécharge, mais si j'aime, je vais acheter ». C'est pour ça que tu demandes le lot complet : «hey bande de moules, je cherche toute la série Cœur d'homme, âme de soldat de Juliette Di Cen – 6 ebooks – là tout de suite, maintenant, parce que j'adooooore cette série. Oh, et puis mettez-moi tous les autres, pas d'épicerie».

Ah si, j'ai failli oublier de citer l'excellentissime mauvaise foi : «arrête de pleurer sur les téléchargements illégaux, c'est que du bonus, puisqu'on n'aurait pas acheté ton ebook, de toute façon».
Mesquin et radin. Félicitations.

Sachant qu'en tant qu'auteure vendue essentiellement en numérique (et à des prix variant de 0.99€ à 2,99€, la ruine, quoi), je me retrouve en concurrence avec moi-même en téléchargement illégal.

Isn't it ironic ?

Cautionner le téléchargement, et y participer, c'est non seulement un acte illégal, mais d'un point de vue moral, un manque de respect face à l'investissement de l'auteur qui TE divertit. Par ailleurs cela peut avoir des conséquences directes sur sa carrière.
L'auto-édité qui vend moins à cause d'un marché parallèle en nette expansion voit ses chances d'être repéré par un éditeur sérieux se réduire. Eh oui, le top des ventes de certains sites est déterminant pour être "visible".

Après deux ans dans le milieu, quelques combats menés et de nombreuses batailles perdues, je me rends compte qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de la création artistique.
Quoi, t'aimes pas ma conclusion, elle bouscule tes convictions, ou tu n'apprécies pas qu'on te montre du doigt quand tu fais une connerie ?
Libre à toi de me convaincre des bienfaits du piratage.
Si tu as prévu un voyage sur Pluton, réserve ta place ; tu t'y rendras plus vite que tu ne me feras changer d'avis.

Bref, si tu aimes le boulot d'un auteur, que tu estimes que tout travail mérite salaire, tu sais ce qu'il te reste à faire...


Juliette Di Cen, le 17 août 2015, tous droits réservés.
Mais si tu veux partager ce billet, ne te gêne pas !




S'opposer publiquement à la critique, acte légitime ou méga boulette de communication ?
Posté le 28/07/2015


Si je me fie aux statuts qui fleurissent régulièrement sur les profils de mes camarades, la question du commentaire qui fâche enflamme les débats avec toujours autant d’ardeur, et ce n'est pas prêt de s'arrêter, quelle que soit l'expérience du plaignant.

Avec l’avènement de l’existence 2.0, l’auteur se doit d’être actif sur les réseaux sociaux afin d’obtenir une visibilité. Aujourd’hui, les sites, blogs, profils facebook/twitter, forums, etc. lui permettent d’aller directement au contact de son public. La première erreur étant de prendre la communauté du net pour son pote de beuverie. Lorsqu'il ne s'agit pas d'un combat qu'on souhaite soutenir grâce à sa notoriété, faire part de ses coups de sang peut être sacrément casse-gueule.

Le débutant, plein d’enthousiasme ou très sensible à ce qui se dit sur lui, commet souvent de petites erreurs de communication qu’il est facile de rectifier avec le temps. Mais il en est une, malgré son panneau lumineux « ceci est un piège à loups », dans laquelle il plonge invariablement. Comme il n'est pas le seul, ouf, l'honneur est sauf.

À une époque où tout s’évalue (du vernis-à-ongles avec paillettes qui se barre en jardinant, si si, à l’oreiller bourré au poil de yéti) il est devenu banal de donner son avis et d’en faire profiter le monde entier.
Monde entier, tu m’attendais, j’arrive.
Quand il s’agit de lecture, faire part de son opinion n’implique pas forcément l'hypothèse d’être lu à son tour par l’auteur. Ni qu’en prenant connaissance de cet avis, l’auteur malmené envisage la pendaison (celle du lecteur, hein ?), sa reconversion en moine shaolin ou pire, l’achat d’un Bescherelle pour aller cogner sur l'indélicat (expérience hyper violente pour qui confond encore sa et ça).

Bref.

Par un beau matin, donc (printemps, été, automne, hiver, ça marche à toutes les saisons), l’auteur 2.0 d’excellente humeur, se dit : « et si j’allais voir ce que mes bons lecteurs pensent de ma prose ? ». Et là, le drame (à ne pas confondre avec le drama, scène dérivée d’un statut facebook émotif – lire, sujet à polémique nucléaire), la catastrophe, la douche froide, la coquillette sans beurre : kesseucécetruc ?
Un commentaire négatif.
Un vrai, noté entre 1 et 3 étoiles (oui oui, on a parfois la susceptibilité tendue comme un string) sur le site de vente ou la chronique amère de blog, dans le ou laquelle le lecteur fait part de son désappointement, avec plus ou moins d’arguments, voire de mots (de « nullissime » à la rédaction de 5 pages). Entre sincérité et mauvaise foi, ici ce n’est pas le débat, laissons à chacun le soin de le déterminer.

Il est à noter que le commentaire négatif expédié en quelques phrases assassines n’a pas de vertu curative pour l’ego. L'auteur mégalo verra sa paranoïa renforcée, là où le syndrome d’imposture prendra en pleine poire la confirmation de ses pires craintes. De mon côté, et par pure curiosité scientifique, j’ai bien essayé de le lire en rap, en verlan, en mangeant des champignons hallucinogènes, mais hélas, le pur négatif produit le même effet que la bave de troll. Ça laisse un goût dégueulasse en bouche et c’est super long à digérer.

Ok, j’en ricane aujourd’hui, avec le recul et la maturité (naaan, je rigole !). Mais sache, gentil lecteur, que mon écran en a pris plein les pixels à chaque nouveau coup dans les gencives.
Il m'a bien fallu trier les patates au début. Entre satisfaction de recevoir l'avis constructif, qui pointe les failles de l'écriture tout en permettant de l'améliorer, et envie de viande saignante en lisant des « c’est décevant, c’est du déjà-vu, c’est moche, ça pue du bec, etc. ». Sans parler du déçu qui zappe les infos sur le site de vente (contenu, nombre de pages, prix) tout en allant reprocher au monde entier (l'auteur, l'éditeur, le libraire, le Pape...) sa propre négligence.
Accepter le tact "en option", la déconvenue à la hauteur d'attentes démesurées, les mots d'une violence inouïe, ça s'apprend. En attendant, y a toujours la picole ou le yoga.
D'où la nécessité de se détacher des regards extérieurs pour ne pas jeter l'éponge. Car on retiendra toujours l'ombre négative au milieu d'une marée positive.

Retournons à l’auteur en mode "je vais tous mes les farcir avec une sauce cocktail !"
Option un, de sa plus belle plume, il décide de défendre son travail en réagissant à chaud (alerte, mauvaise idée). Il se laisse aller à de lyriques états d’âme sur son espace personnel, souvent ouvert à de parfaits inconnus, en quête de messages de sympathie, afin de se rassurer sur ses capacités à plaire.
Option deux plus offensive, il part débusquer sur les lieux même du crime, l’insoutenable pourfendeur de manuscrit.

Et là, les voyants passent au rouge. Branle-bas de combat, les claviers commencent à voler.

Conséquences possibles, suivant l'audience qui lui est déjà acquise :

Hypothèse 1 : Galvanisées par l'appel de leur idole, des hordes de fans déchaînés se jettent sur le lecteur qui n’en demandait pas tant, crachant, grognant, menaçant aussi, jusqu’à ce que de guerre lasse, l’indélicat retire son avis. En aparté, celui qui se pense dans son bon droit et ne vit pas à travers les réseaux sociaux ne retire JAMAIS son commentaire.
Risqué. Un lecteur effrayé par une telle chasse aux sorcières, ou agacé face à un délit d'opinion, fera alors un énorme détour pour éviter les textes de l'auteur.

Hypothèse 2 : Sur les réseaux sociaux, donc, une diatribe virulente à l'encontre des critiques va vite se heurter au ras-le-bol de ses petits camarades. En effet, si on fait le compte des réactions à chaque avis négatif, qu’on le multiplie par le nombre d’auteurs qu'on a dans ses contacts, ça donne une idée du mur des lamentations qu’est devenu notre fil d’actualités. Le manque d'humilité et l’absence de remise en question passent toujours très mal chez les autres (la poutre, la paille, tout ça).
D'ailleurs, il est dommage de voir plus souvent la question suivante : «pourquoi il n’aime pas, çui-là (sous-entendu : ce gros con)» que celle-ci : «que puis-je améliorer ?»

Dès lors, en voyant ce comportement se répandre au sein de la communauté, on finit par s’interroger ; pour être un « vrai » auteur, faut-il aller cartonner les critiques ?

Ma réponse, et ce, depuis longtemps, c’est un grand NON. Même quand je pleurais ma mère au moindre "J'aime pô !"

Pourquoi ?

Parce qu’une critique est avant tout le fruit d’un ressenti individuel. Une critique négative ou positive n’engage QUE son auteur, pas l’ensemble des lecteurs.

Parce qu’un vrai panachage de critiques (bonnes et moins bonnes) ne dessert pas un roman, mieux, il lui offre une crédibilité que l’unanimité dans le trop bon ne lui confère plus.

Parce qu’un auteur se doit de rester en retrait une fois son « bébé » livré, ne serait-ce que pour lui laisser l’occasion de grandir sans béquille.

Parce qu’un auteur doit apprendre à se détacher des critiques pour ne pas se faire parasiter l’esprit et le moral.

Parce qu’un auteur qui prend à partie chaque lecteur mitigé se voit affublé d’une image agressive peu reluisante. C'est aussi la preuve d'un mépris sous-jacent, où seul le fan aurait le droit de s'exprimer. Gare à lui s'il avait l'idée de sortir du droit chemin.

Parce qu’un auteur qui lance des appels au lynchage sous couvert d’appel à la sympathie est un manipulateur, qui préfère envoyer au carton ses « gueux » (va donc le défoncer, mon bon) plutôt qu’assumer pleinement sa déclaration de guerre.

Parce qu’à s'en prendre à toute une population hyper connectée, il peut finir blacklisté sur les blogs de lecture. Dommage quand on cherche à diffuser son roman au sein d’une communauté.

Parce qu’il a peut-être écrit une bouse et qu’il est temps pour lui d’envisager un autre hobby, comme le macramé en fils de cuivre.

Parce qu’un auteur trop vite encensé par une cour de suiveurs devient facilement arrogant. Surtout quand il débute. Or l’arrogance, ça agace.
Très fort.
Très très fort.
C’est ainsi que débutent les révolutions.

Parce qu’il a autre chose à faire ; écrire un roman, par exemple.

Tout ça pour dire que la dénonciation publique d’une critique est une arme à double tranchant que je déconseille vivement. Ne maîtrise pas l'art de découper en rondelles qui veut. Et on n’en sort jamais grandi(e).

Je comprends le découragement ou la colère, ça m'arrive encore, bien-sûr, mais en privé, en serrant très fort ma peluche kangourou, ou mon mari (grande peluche, très grande).
Mais honnêtement, n'est-il pas plus constructif de se concentrer sur ce qui a plu aux lecteurs, et essayer de satisfaire ceux qui nous suivent ?


Juliette Di Cen le 28/07/2015, tous droits réservés



Un site, pour quoi faire ?
Posté le 27/06/2015


Un site rien qu'à moi, consacré à ma gloire, celle qui rayonne au moins jusqu'à ma cuisine (quand j'ouvre le réfrigérateur, rapport à la loupiote qui s'allume, tout ça, tout ça).
Facebook c'est sympa, mais avouons-le, le rangement, c'est pas maintenant. Pire on dirait ma chambre à l'âge de 14 ans. J'y retrouve de temps en temps une seule chaussette (que celui qui n'a pas vécu la malédiction de la chaussette orpheline me lance le premier collant), éventuellement un lien vers une chronique...
Bref. Avec ma nouvelle commode et ses grands tiroirs, je vais pouvoir en mettre deux fois plus. Et tout retrouver d'un seul clic.
En gros, ce site, c'est une extension de ma penderie !

Petite présentation du phénomène...
- Bonjour, je m'appelle Juliette, et je suis écrivain.
- Bonjour Julieeeette. (merci public pré-enregistré)
- Je suis abstinente du clavier depuis environ un dixième de seconde et jusqu'ici, le sevrage se passe bien.

Ok, ok, j'écris pour le plaisir de partager les histoires que j'ai en tête, et revendique un devoir de divertissement intégral. Je suis contre la souffrance en lecture (tu sais, quand tu reposes ton roman dix fois entre chaque phrase rien que pour confirmer qu'il est écrit en français et non en système binaire).
Je vis la lecture comme un moyen d'évasion, d'amusement ou de frisson, raison pour laquelle mes récits n'ont aucune autre ambition que celle de distraire.

J'ai commencé toute jeune, au collège, munie de mes pages tremblotantes avec l'espoir affiché de copier le talent du King (oui, oui, Stephen, tant qu'à faire). Puis j'ai laissé tomber pour diverses raisons liées au temps qui passe ; les études, les garçons, le sport, les garçons, retrouver la chaussette manquante, les garçons.
L'envie est revenue par surprise, voilà presque quatre ans, en attaquant les premiers chapitres d'un roman fantastique. Probablement trop ambitieux pour une impatiente velléitaire (mélange amusant à vivre, enfin, sauf pour mon entourage).
Puis la rencontre littéraire avec la nouvelle garde française de l'érotisme féminin m'a secouée puis motivée. Grâce à mon métier et quelques anecdotes professionnelles, j'avais là, matière à écrire de petites romances, et créer des personnages tout à fait consommables.
Ce fut chose faite avec Apprivoise-moi, qui s'est gentiment ramassé en comité de lecture d'une maison d'édition numérique. Le reste appartient à l'histoire ; sortie de l'ebook en autoédition sur Amazon, succès fulgurant, contact par une auteure reconnue qui me proposera une collaboration au sein de sa propre maison d'édition numérique, et lancement du "produit" Juliette Di Cen sur le marché de la romance érotique militaire.

Depuis, j'ai fait le choix de redevenir mon propre patron, d'assumer les risques, au point parfois de perdre en route le bonheur d'écrire. Qu'à cela ne tienne, je suis alors revenue pour un temps à mes premières amours : la lecture !

Aujourd'hui, je peux dire que je m'éclate dans ce que je fais, malgré des idées qui ont fait et feront encore grincer quelques dents. Tu as pu le constater, je n'aime pas la facilité, et je suis une adepte des fins en tire-bouchon (l'instrument dont tu as subitement envie de te servir pour en extraire ma cervelle). Et si j'ai perdu les 3/4 de mon lectorat en route, cela m'a aussi permis de retrouver une forme de liberté. Je n'ai plus peur d'aborder certains sujets (le prochain devrait, à ce titre, agiter légèrement la blogo. Ou pas !)

L'autoédition a ceci d'intéressant qu'elle me confronte en direct avec les attentes de mes lecteurs. S'ils pouvaient juste éviter d'envoyer des parpaings par la poste, parce que je n'en fais qu'à ma tête, ce serait bien urbain.
Ce qui ne veut pas dire que je ne tenterai pas un jour de gratter à la porte d'un éditeur. Plus vite qu'on ne croit, j'espère (si je finis mon roman un jour) !

Bien, bien, bien, revenons au site. Que vas-tu trouver dans les tiroirs ?
- Tout d'abord la liste de mes ebooks et livres disponibles par date de parution avec les liens vers les plates-formes de vente : Amazon, Kobo et la Fnac. Ceux écrits sous Juliette Di Cen et sous Mel Laregue.
- Puis des petits articles sur des sujets divers liés à l'écriture, et la vie d'une lectrice/auteure en général (ça t'épargne mes histoires d'orteil perdu un soir de pleine lune, ou la triste fin de vie de ma déclaration d'impôts).
- Un onglet retour presse, outre les interviews, celui-ci proposera tous les liens vers les sites ayant chroniqué une de mes histoires. Il sera régulièrement mis à jour.
- Dans les Juliette's chronicles, tu croiseras des romans et des films d'une certaine ancienneté. A travers ses goûts, c'est le caractère de l'autre qui se dévoile. Mes 13 ans d'âge mental n'auront bientôt plus de secrets pour toi !
- Enfin les liens vers les pages où je me balade.

Mais pour l'instant, je voulais te souhaiter, à toi gentil lecteur égaré sur ce site, la bienvenue !

Welcome to my world !
Juliette

JulietteDiCen, 26.06.2015, tous droits réservés
Image Marie-cecile Thijs http://www.mariececilethijs.com/